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dimanche, 29 janvier 2012

LA GUERRE DES DRONES D'APRES REUTERS MAGAZINE

Extraits d'un article de David Rohde qui, alors qu'il était prisonnier des Talibans, raconte ce que c'est de vivre la guerre en tant que "cible" des drones. Notons que ces souvenirs sous les drones s'étendent de novembre 2008 à juin 2009 et que, depuis, l'emploi des drones s'est beaucoup développé : le ressenti de D. Rohde doit donc être bien en dessous de ce qui se passe actuellement.

A l'époque D. Rohde travaillait pour le New York Times. 

 

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atwar.blogs.nytimes.com


"Ma vision des drones est inhabituelle. En novembre 2008 les talibans me capturèrent près de Kaboul en même temps que deux collègues Afghans et nous emmenèrent dans les zones tribales du Pakistan. Nous avons été détenus pendant 7 mois au Waziristan, qui était la cible de la majorité des frappes de drones à l’époque. Nous nous échappâmes en juin 2009.

Au bruit on aurait dit des Piper Cub ou des Cessna et on pouvait les voir à l'oeil nu. NDB : à l’époque la plupart des drones étaient mus par des hélices.

Nos gardes étudiaient leurs trajectoires pour tenter de savoir où ils risquaient de frapper. Lorsque deux drones apparaissaient au dessus de nous ils pensaient qu’une attaque était imminente. C’était parfois le cas, et parfois non.

Les drones nous terrifiaient. Du sol on ne pouvait savoir qui ou quoi ils traquaient alors qu’ils tournaient au dessus de nous. Le bruit d’une hélice lointaine est le rappel permanent d’une mort immédiate. Les drones tirent des missiles qui volent plus vite que la vitesse du son et la future victime d’un drone n’entend jamais le missile qui va la tuer.

Les Talibans Afghans et Pakistanais qui nous gardaient méprisaient les drones et les dénigraient comme une lâche façon de faire la guerre : ils en arrivaient à haïr Obama plus que Bush.

Le 25 mars 2009 fût le jour le plus difficile de notre captivité. En fin d’après-midi il y eut une attaque de drones devant notre maison. Les missiles avaient frappé à quelques dizaines de mètres et des éclats arrivèrent jusque dans notre cour. 

Nos gardes me firent descendre à flanc de colline et me poussèrent dans un break. Ils me couchèrent sur le plancher, posèrent une écharpe sur mon visage et ne dirent plus rien. Nous savions que si des militants apprenaient qu’un prisonnier Américain était là, ils me tueraient. Allongé dans la voiture j’entendais les militants hurler de colère alors qu’ils ramassaient leurs morts. Au loin une femme se lamentait. Silencieusement je récitai le Notre Père.

Un quart d’heure après ils me ramenèrent à la maison et me dirent que les missiles avaient touché 2 voitures, tuant 7 combattants, Arabes et Talibans. J’appris par la suite qu’un des gardes avait proposé que je sois décapité mais que leur chef avait refusé.

Les frappes alimentaient une paranoïa chez les Talibans. Immédiatement après cette attaque ils se livrèrent à une chasse à l’homme pour trouver l’espion qui, ils en étaient convaincus, avait secrètement guidé les Américains vers les deux voitures.

Quelques jours après des combattants étrangers arrêtèrent un homme du pays, l’accusant de guider les drones. Ils dirent qu’il avait « confessé » être un espion Américain après qu’ils l’eussent martyrisé et coupé une jambe. Ils le décapitèrent et pendirent son cadavre au marché local.

Cette captivité éveilla en moi beaucoup de compassion pour les civils Pakistanais, coincés entre la folie des Talibans et l’inhumaine technologie Américaine, qui  vivent l’enfer sur terre dans ces zones tribales…

L’auteur poursuit ensuite sur des considérations sur les responsabilités des Américains et de leurs ennemis qui ne nous paraissent hors des thèmes de ce blog où nous préférons nous tenir à l’écart des considérations morales qui ne sont pas de notre compétence.

Venons-en à la conclusion :

Les drones ne sont pas une réponse par eux-mêmes. A long terme ce seront les musulmans modérés qui vaincront les militants, pas la technologie. 

Certes. Mais comme l'écrit l'auteur les drones perturbaient profondément les opérations des Talibans. Et, à nos yeux, c'est là l'essentiel. Le reste relève de la politique et dépasse l'objet de ce blog.

Sinon pour dire que cela nous conforte dans l'idée que notre pays doit devenir un acteur majeur (l'acteur majeur ?) de l'industrie mondiale des drones.

 

SOURCE : http://www.reuters.com/article/2012/01/26/us-davos-reuter...

 

 

 

 

 


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